À votre santé!

Une épidémie de grippe doublée d’une vague de gastro a fait à nouveau parler des hôpitaux québécois dans la presse (il faut dire que, franchement, aller aux urgences quand tu as une gastro et que tu n’es pas une personne à risque, il faut être fou).

L’occasion d’évoquer un livre publié récemment aux éditions Boréal: « Santé – L’heure des choix », de Claude Castonguay, le « Père de l’Assurance Maladie » (je le mets entre guillemets, c’est devenu son deuxième nom!).

À votre santé! dans Lire sur le Québec castonguay-97x150

Première partie: les constats

Des chiffres qui font froid dans le dos (reste à voir ce que ça donne au cas par cas, j’imagine que, comme partout, les choses sont très différentes d’un endroit à l’autre). Exemples choisis: environ 2 millions de Québécois sur 8 n’ont pas de médecins de famille, bien qu’il y ait plus de médecins par habitant (221 pour 100.000), qu’en Ontario (201) ou au Canada (187); des attentes de 17 heures en moyenne aux urgences (gloups);  des délais d’attente pour les interventions chirurgicales longs comme un jour sans pain (75.000 personnes sur listes d’attente en 2011 dont 19.000 depuis plus de six mois); des reports d’opération à la dernière minute qui sont monnaie courante. Vous en voulez encore?

Alors je continue un peu (« fais moi mal, Johnny Johnny »): faible informatisation des dossiers des patients; forte augmentation de nombre d’incidents et d’erreurs médicales; un rang à faire peur dans les classements de performance des systèmes de santé des pays développés (classement OCDE: 23ème sur 30). J’arrête là?

Deuxième partie: les causes

La place prépondérante donnée à l’hôpital dans le système de santé. Les urgences et soins spécialisés reçoivent ainsi l’essentiel des sommes investies. Les étudiants en médecine sont orientés très tôt vers des spécialités, et la médecine familiale a mauvaise image. Devenus omnipraticiens, les médecins doivent, s’ils ont moins de 20 ans d’ancienneté, consacrer au moins 12 heures par semaine aux activités d’urgence (seule province à avoir opté pour ce système). Du coup, ils prennent goût aux conditions de travail plus attrayantes, et surtout ont moins de temps disponible pour la médecine familiale.

Conséquence logique, la première ligne est très légère. Non seulement il manque de médecins, mais en outre, ils ont toute latitude pour choisir leurs patients et ne s’en privent pas . Du coup, en 2010 un omnipraticien québécois voyait en moyenne 91 patients par semaine, contre 129 en Ontario. Et comme leur salaire a connu un formidable rattrapage sur les autres provinces, ils n’ont pas forcément envie d’en faire plus (ce qui peut se comprendre). Problème: les pharmaciens et infirmières pourraient pallier en partie au manque mais leur rôle est volontairement limité par divers groupes d’intérêt.

Pour les personnes âgées, seulement 20% du budget est consacré au maintien à domicile. Du coup, bien des personnes âgées attendent à l’hôpital une place en maison de retraite (centres de soin longue durée), bloquant des lits et engorgeant malgré eux le système.

Une lourde bureaucratie (4800 fonctionnaires s’occupent de contrôler le système de santé hors cadres au sein des hôpitaux), et une multitude de groupes d’intérêt rendent difficile le changement. Selon l’auteur, le Québec détiendrait le record de l’effort financier par citoyen parmi tous les pays développés (la moitié du budget du gouvernement!)

 

Monsieur Castonguay avance bien des solutions (faire l’inverse, en clair, et mettre le paquet sur la création de réseaux de soins de première ligne et de soins à domicile plus musclés) … mais on ressort avec la triste impression qu’il y a loin de la coupe aux lèvres.  Touchons du bois, on n’a pas été malade depuis des lustres, espérons que ça dure!

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